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photo de François Lefort

Le prêtre condamné dit avoir été roulé dans la farine

Condamné pour agression sexuelles et viols de mineurs, le père François Lefort clame don innocence. Il détient désormais des documents mettant en lumière de grossières anomalies durant son procès.

"La justice est autant victime que moi. Dans cette affaire, elle a été bafouée. Elle le sait. Et, rien ne se passe. " Au presbytère de Saint-Pal-en-Chalencon, devant son imposante bibliothèque, François Lefort tord nerveusement les quelques pages qui le conduisent à commencer l’entretien ainsi.

Une usurpation d'identité au procès

Il s’agit d’un acte d’huissier de justice à Ziguinchor (Casamance, au sud du Sénégal), datant du 13 septembre. Le document est la transcription de l’audition de l’une des parties civiles au procès ayant valu au prêtre et médecin d’être condamné à huit ans de prison pour « agressions sexuelles et viols sur mineurs ». À l’époque, François Lefort œuvrait pour la cause des enfants des rues au sein d’organisations humanitaires. Cette peine, prononcée en juin 2005 par la cour d’assises des Hauts-de-Seine, l’homme d’Église l’a purgée en ne cessant de clamer son innocence.

Depuis, les victimes, des anciens pensionnaires d’un foyer pour enfants à Rufisque (Sénégal), ont reconnu l’avoir accusé à tort. À l’automne 2014, Abdoul Kader soulage sa conscience en premier (il est décédé des suites d’une maladie, il y a quelques semaines – lire par ailleurs). Les deux autres font de même après.

La sincérité des accusations mise sérieusement à mal, un autre élément vient jeter le trouble. Absent car incarcéré au Cap-Vert au moment du procès, Abdoul Kader n’a pas reconnu dans les reportages du procès, visibles sur internet, l’un de ses comparses, pseudo-accusateurs. Et pour cause : une autre personne se fait alors passer pour lui. La supercherie vient d’être confirmée devant huissier par Mohammed, le deuxième à avoir chargé le prêtre, avant de venir s’en excuser en septembre 2015, à Saint-Pal-en-Chalencon : ce dernier confie s’être présenté devant la cour d’assises avec de faux papiers au côté d’un troisième qui se faisait passer pour Ibrahima, le dernier accusateur. « Je ne peux pas dire qui s’est présenté à son nom, mais je peux affirmer que lui-même (Ibrahima) ne s’est pas présenté au procès », déclare Mohammed dans son audition.

"Honnêtement, je pensais davantage à me flinguer"

"Je m’occupais de gamins sénégalais âgés de 15 ans à l’époque. Au moment du procès, ils étaient devenus des hommes. Donc non, je ne l’ai pas reconnu », confie François Lefort. Curé fort en gueule, médecin humanitaire à la plume sans concession pour dénoncer l’abus et la médiocrité observés lors de missions dans les années 1980-1990, l’homme d’Église est persuadé de faire l’objet d’un règlement de comptes. « Il est clair que lorsqu’on voit des choses qu’il ne faut pas voir et qu’on le dit, il faut s’attendre à avoir des ennuis. Honnêtement, je pensais davantage me faire flinguer. Finalement, ceux qui m’en veulent ont trouvé mieux en tuant mon passé."

Photo et article par Christophe Bouyer pour le journal Le Progrès  Haute-Loire

Paru le 17/11/2018

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