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François Lefort présente son livre, Dieu me fait rire

Les souvenirs d’un prêtre, médecin, baroudeur humanitaire et ex-taulard

François Lefort se définit comme un « aventurier mystique ». Dans son, quinzième livre, le septuagénaire raconte quelques histoires d’une vie pas ordinaire… La sienne.

« J’espère que tu es resté un provocateur », disait systématiquement l’abbé Pierre lorsqu’il croisait son chemin. François Lefort s’en souvient avec une pointe d’émotion en regardant la photo accrochée au mur de son bureau : on le voit lui, plus jeune, en grande conversation avec le fondateur d’Emmaüs (juste en dessous, une autre photo le montre animant un colloque avec sœur Emmanuelle). « Il peut être rassuré là où il est, je le suis resté », sourit le prêtre installé à Saint-Pal-en-Chalencon. Son dernier ouvrage, le quinzième, le confirme.

De la chaleur du désert aux cellules d'isolement à Fresnes

Dieu me fait rire est l’occasion pour le septuagénaire de partager ses souvenirs. Pas n’importe lesquels, le livre égrène quelques-uns des événements ayant changé sa vision des choses. Et le cours de sa vie.

On peut citer, par exemple, cet épisode dans le désert mauritanien où, menacé par un feu de brousse progressant plus vite qu’un cheval au galop, il reçoit l’ordre impérieux de son guide de traverser le rideau de feu en voiture plutôt que de tenter vainement de le distancer. « Je n’aurai pas obéi, c’était la mort assurée. Ce qui me pousse à penser qu’il vaut mieux affronter un problème plutôt que de le fuir. L’exprimer par une parabole me paraît plus explicite », estime-t-il.

François Lefort peut se targuer d’avoir vécu plusieurs vies. Militant pour l’indépendance de l’Algérie et la résorption des bidonvilles de Nanterre dans les années 1960, l’étudiant gauchiste enseigne ensuite dans un quartier populaire d’Alger avant d’être ordonné prêtre à 30 ans. Diplômé de médecine en 1982, le voilà intégré dans le cabinet de François Autain, alors secrétaire d’État aux Travailleurs immigrés sous le gouvernement Mauroy II. L’équipe suivante, dirigée par Georgina Dufoix, lui rajoute le dossier de la toxicomanie. Après avoir donné sa démission en 1985 « parce que le gouvernement ne tenait pas ses promesses en matière de relogement », François Lefort s’engage dans la lutte contre la pédophilie. On le retrouve médecin au sein de différentes ONG en Afrique. Témoin des massacres du Zaïre et du Rwanda, le voilà crachant sa colère sur les plateaux de télévision contre le départ des troupes de l’opération « Turquoise ». Cette image étincelante du héros va virer au sombre du salaud chez certains.

Accusé en 1995 de viols sur mineurs durant une de ses missions au Sénégal, François Lefort est condamné à 8 ans de prison par la cour d’assises de Nanterre (Hauts-de-Seine). Pourtant, il ne cesse de clamer son innocence. Ses accusateurs se sont rétractés depuis et le prêtre réclame, pour la deuxième fois, la révision de sa condamnation. Tout cela ayant déjà fait l’objet d’un livre ( Justice ! Pour l’honneur d’un prêtre paru en juillet 2012 aux éditions Chemins de Traverse), François Lefort s’attarde surtout dans son dernier ouvrage sur les presque quatre ans d’incarcération effectués. Et les sombres personnages croisés durant cette période. Francisco Arce-Montes, par exemple, le violeur en série condamné en France pour le viol et le meurtre de Caroline Dickinson, une adolescente britannique de 13 ans, à Pleine-Fougères (Ille-et-Vilaine) en juillet 1996. « Ensemble à Fresnes, il se confiait à moi pendant la « promenade ». Il n’éprouvait aucun regret, à part celui d’avoir tué. Des types comme ça, il ne faut pas les laisser sortir de taule. Mais, vous savez, des abominables bonhommes, j’en ai rencontré d’autres. » Au fil des pages, le prêtre raconte son vécu, heureux ou non, « pour que le lecteur porte un regard différent sur sa propre vie. Et surtout, qu’il ne se forge pas une conviction en se limitant aux absurdités que l’on nous assène en permanence sur les émigrés, les migrants, les pauvres, les condamnés et les autres. »

Photo et article par Christophe Bouyer pour le journal Le Progrès  Haute-Loire

Paru le 04/12/2016

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